L'eau et l'ostéopathie, pourquoi ce choix ?

Dès l'ouverture, il convient de rappeler la définition que donne Still de l'ostéopathie (1) :
« C'est la loi de l'esprit, de la matière, et du mouvement. »
Je suis à l'aube de ma carrière d'ostéopathe et je pratique les techniques structurelles, fonctionnelles et tissulaires enseignées par mes professeurs. J'ai pris conscience de toute l'importance
de l'ostéopathie dans l'amélioration de la matière, du mouvement et même de l'esprit des êtres humains.
L'eau.... Elément vital par excellence...
L'être humain est issu d'un milieu liquidien. Il se développe dans du liquide, il vit grâce au liquide. Forte de ce constat, je me suis demandée si l'utilisation de ce milieu, lors d'une
consultation, pouvait être bénéfique au patient. J'ai voulu tester l'influence de l'eau sur mon corps en m'immergeant dans cet élément. Au cours de cette expérience, j'ai éprouvé un bien-être,
une sensation de liberté, de mouvement illimité.
Pourquoi ne pas mettre en application cette expérience avec un patient ?
Dans l'eau, l'ostéopathe et son patient portent des tenues similaires. D'emblée se crée un rapport interpersonnel plus égalitaire que lors d'une consultation ostéopathique traditionnelle.
Au début, le patient, confronté à un nouveau milieu, peut être déstabilisé : il va devoir se construire de nouveaux repères. Mais, une fois immergé, il change d'attitude.
De l'insécurité initiale, il passe à une relation de confiance dès que l'ostéopathe effectue les premiers tests fonctionnels ostéopathiques. Le corps n'est plus soumis à la gravité, le patient se
sent plus léger. Il se trouve dès lors dans de meilleures dispositions pour profiter de sa séance.
Une question se pose alors : peut-on retrouver ces sensations sur une table d'ostéopathie ?
La table a ses limites. Sa rigidité entraîne un appui sur les tissus, les aponévroses et les os. De plus, elle implique une limitation du mouvement de certaines articulations du patient. De ce
fait, la table n'est pas neutre.
Or, pour les tests ostéopathiques, la recherche de la neutralité est importante. Il s'agit d'éviter d'appliquer toute nouvelle contrainte au corps du sujet.
En revanche, l'eau soutient le corps d'une manière naturelle sans écrasemer les tissus. Elle compense également la force utilisée pour réaliser les mouvements, ce qui soulage considérablement le
système musculaire. Enfin, elle permet l'expansion tissulaire sans effort.
Au delà des résultats concrets obtenus avec des patients, l'utilisation de l'eau dans les pratiques ostéopathiques m'a permis de saisir toute l'importance de la corrélation entre la matière et le
mouvement du corps...
Extrait du mémoire
SYNTHESE DES RESULTATS
Une nette amélioration, tant au niveau de
la motricité qu’au niveau de la douleur, est ressentie par le patient.
A noter qu’en deuxième séance, une
douleur plus présente s’est révélée. Nous pourrions penser que les modifications tissulaires entre la première et deuxième séance n’ont pas terminé leur phase d’interprétation et d’accommodation.
Il est possible que la deuxième séance ait été trop proche de la première, ou bien que les techniques en première intention aient été trop riches en
informations.
Nous pourrions conclure par une
« mauvaise » interprétation nociceptive et neurologique, que le système nerveux n’a pas pu corriger, ou interpréter dans son ensemble, entre ces deux
séances.
Quant au patient, celui-ci a constaté une
amélioration très nette dans la fonctionnalité mécanique, et un ressenti moins douloureux que dans des pratiques du kinésithérapeute. Il lui a semblé beaucoup plus facile de mobiliser son membre
inférieur qu’auparavant (sans les séances d’ostéopathie dans l’eau).
L’expérience dans l’eau pour le patient a
été vécue comme un moment très relaxant, lui permettant d’oublier son handicap. Le patient a instinctivement comparé la balnéothérapie en kinésithérapie et la manipulation ostéopathique dans
l’eau. Il en résulte que, les techniques fasciales sont d’autant plus agréables et efficaces que celles réalisées en kinésithérapie.
Malgré les douleurs en deuxième séance,
le patient ne ressentait presque pas de douleur lors de la manipulation en ostéopathie, alors qu’en kinésithérapie, la douleur était bien présente.
Les améliorations qui peuvent être mises en
place
- espacer de plusieurs jours la première de la deuxième
séance en ostéopathie mais également en kinésithérapie, laissant le système nerveux s’équilibrer.
- mettre des bouchons dans les oreilles des patients. Le
fait d’avoir la tête dans l’eau, engendre une immersion des oreilles lors de certaines manipulations. La variation immersion, émersion, en devient désagréable.
- demander au patient d’enlever : montre /bagues / percing afin de garder au maximum une neutralité de mouvement tissulaire du au mouvement
respiratoire primaire en particulier afin de ne pas griffer le praticien lors de certaines prises du corps du patient.
Avantages
d’un soin dans l’eau en ostéopathie, pour le praticien:
- l’apesanteur, qui enlève une partie du poids du corps du patient
- la facilité de mobiliser l’intégralité du corps du patient dans tous les plans de
l’espace
- une sensation de micro mouvement beaucoup plus nette en écoute et
en test sous nos mains
- un abord du patient différent, du à la même tenue
- la chaleur de l’eau qui aide considérablement la masse musculaire à se détendre
- la rapidité des résultats et de sa bonne évolution
Inconvénients d’un soin dans l’eau en
ostéopathie pour le praticien
- La tenue du praticien qui suscite chez certains patients une approche nonchalante
- Ces soins ne sont pas possible sur des patients phobiques,ainsi que les patients faisant partie de ceux ayant des contres
indications (réf. page 40)
Avantages
d’un soin dans l’eau en ostéopathie pour le patient
- Cette sensation de légèreté due à l’apesanteur
- la chaleur de l’eau
- le silence
- la manipulation douce, lente, et sans douleur
- une notion de « vide » : le patient se laisse complètement aller
- la phase de relaxation est très appréciée
- la rapidité des résultats et de son évolution
Inconvénients d’un soin dans l’eau en ostéopathie pour le patient
- une sensation d’une séance trop courte (alors qu’elle est d’une heure)
- les oreilles immergées/émergées
- certains patients se sont plaints d’avoir eu froid à un moment (dû à un
relâchement nerveux, provoquant une baisse de température corporel de 1°).
IX. BENEFICES THERAPEUTIQUES DE L’UTILISATION DE L’EAU EN OSTEOPATHIE
L’objectif de ce mémoire est de montrer
que l’eau est un élément favorable à l’ostéopathie, grâce à ses effets d’apesanteur, et de relâchement tissulaire.
Le patient ferme les yeux de manière
inconsciente et systématique dès qu’il atteint l’instant dit de « décontraction ». Le relâchement musculaire sous occipital (muscles
verniers) se fait beaucoup plus rapidement. Cette zone est un point de repère à la perte de tonus musculaire postérieur, et surtout, un élément clef du début de la phase dite de
« relaxation ». Ce résultat n’est pas systématiquement obtenu lors d’une séance en cabinet. Le patient ne ferme pas forcément les yeux, et garde une entrée posturale non neutre. En
conséquence, il se relâche plus difficilement.
L’eau et les flotteurs portent le patient
de manière naturelle, et permettent à l’ostéopathe de disposer de chaque partie du corps, de ce dernier, à sa guise, sans demander une participation du patient lors des changements de position.
Le patient devient une sorte de « pantin désarticulé ». Il peut alors rester décontracté du début jusqu'à la fin de la séance, sans
solliciter l’appareil musculaire, tissulaire, et articulaire ce qui est généralement le cas lors du changement de position sur une table.
L’ostéopathe, pour la réalisation de
certains tests ou techniques,lors d’une séance en cabinet, est dans l’obligation de demander au patient de changer de position (passer de la position décubitus dorsale, à celle ventrale, ou
inversement). Dans l’eau, le patient reste dans sa position (décubitus dorsale) pendant toute la séance. L’eau permet au corps de ne peser que ¼ de son poids réel. L’ostéopathe réalise tous
les changements de position sans effort (décubitus, à la position de coté).
De plus, la table étant absente,
l’ostéopathe peut alors accéder de manière simple au système tissulaire, articulaire, musculaire,de la partie dorsale du
patient.
Le ressenti du praticien
Le mouvement respiratoire primaire, ainsi
que le mouvement tissulaire me offrent une plus grande facilité d’écoute et de lecture.
Plusieurs éléments d’explication sont à
évoquer :
- La conséquence de la mémoire tissulaire ressentie par le fœtus pendant le
développement embryonnaire ;
- La décontraction musculaire engendrée par la chaleur de l’eau
- L’absence d’élément solide en contact avec les tissus du patient (référence à la table présente en cabinet),
susceptible de faire barrière à la neutralité.
- L’absence de contact avec les 3 entrées posturales (vue, ouie, appuis au sol)
- La conduction et l’amplification d’un mouvement par le liquide
(ex : liquide céphalo rachidien)
Lors du déroulement fascial, réalisé sur
le membre inférieur, le haut du corps, reçoit, par propagation d’ondes, la continuité de ce déroulement. Le corps, grâce à cette suspension dans
l’eau, vacille librement dans tous les paramètres, sans être en contact avec un milieu solide.
L’influx donné par l’ostéopathe, au
niveau inférieur gagne, par continuité de propagation, le haut du corps, provoquant une adaptabilité presque « instantanée » du tissu.
L’ostéopathe est en contact direct et en
temps réel avec un ressenti tissulaire, à l’emplacement de ses deux mains sans aucune barrière extérieure
(table).
Le patient se sent léger, laissant à
l’ostéopathe une préemption plus facile de son corps.
L’eau apporte un maintien, ou soutien,
indispensable au corps du patient. Celle-ci est pourtant invisible. Grâce à sa densité solide, il est permis au praticien de manipuler le patient dans tous les plans de
l’espace.
L’eau offre une manière différente
d’appréhender, un patient, notamment en modifiant la dimension du toucher. L’expérience a permis de souligner que le corps est composé de nombreux éléments, dissociables et indissociables.
Toutefois la préemption du corps dans sa globalité reste essentielle.
Dans l’eau, cette notion de relation,
d’inter dépendance tissulaires, articulaires et musculaires, se ressent à un degré tel qu’il semble que le corps ne vive pas uniquement grâce à un rythme cardiaque, ou à une oxygénation. Il vit
sans doute tissulairement et indépendamment de ceux ci.
Un garde forestier, dira que l’âme d’un
arbre se ressent par le toucher de son écorce. Cette expérience conduit à affirmer que le bien-être du tissu d’un patient se ressent par le toucher
de sa peau.
L’eau accentue ce ressenti car elle isole
le corps du patient du monde extérieur. Elle plonge le patient dans sa mémoire tissulaire inconsciente. Elle inhibe un grand nombre, ou la majorité des entrées posturales. Elle donne l’illusion
au corps d’être léger. Elle laisse respirer le tissu dans sa globalité et surtout dans sa neutralité.
Pour reprendre une expression de Pierre
Bourdieu en l’adaptant à cette expérience, il est possible d’avancer que :
« L’intérêt particulier de chaque partie de notre corps fait l’intérêt général à son bon fonctionnement »
X. CONCLUSION
La manipulation dans l’eau n’est pas une
théorie, mais une expérience qui permet d’appréhender différemment un patient.
Cette alliance, à des fins
thérapeutiques, de l’eau et de l’ostéopathie, a été appliquée sur des patients souffrant de maux quotidiens (lombalgies, dorsalgies, cervicalgies,
migraines, douleurs viscérales…)
Les résultats n’ont pas été aussi
probants.
Mais sur des patients très algiques
(torticolis, lombalgies aigues), l’utilisation de ces techniques a donné des résultats très satisfaisants. Une amélioration rapide et radicale de ces patients a été
constatée.
L’eau permet aux zones douloureuses de se
détendre, provoquant une décontraction et une diminution de la douleur.
Le praticien est alors dans les
meilleures conditions pour travailler la zone dite « inflammée ».
De plus, le patient est en décubitus
dorsal pendant tout le temps de la séance, évitant les contractions inutiles pour changer de position.
L’eau et l’ostéopathie, en s’alliant,
permettent de rétablir la mobilité des zones traumatisées avec le reste du corps alors même que ce sont des zones extrêmement douloureuses et qui ont perdu une bonne part de leur
mobilité.
L’eau permet de traiter un patient à la
fois précisément et globalement.
Elle n’est en aucun cas un obstacle à la
manipulation. Au contraire, elle est une aide précieuse et continue pour le praticien :
- elle diminue d’un quart le poids du patient
- elle permet au patient de rester dans la même position pendant la séance,
- Elle coupe une majorité d’entrées posturales (sauf l’occlusion)
- elle contribue, grâce à sa chaleur, à la détente du corps et de l’esprit.
En conclusion, qu’il soit permis de citer
de Viola Frymann pour rappeler les territoires du praticien et les limites de son action face au patient :
« Moi le praticien, je ne peux
guérir la plus simple des blessures, mais je peux nettoyer la plaie et enlever les débris, en rapprocher les bords et empêcher la contamination. Je ne peux guérir la fracture, mais en
rétablissant la relation anatomique normale et en la protégeant des mouvements traumatisants, je procure à la fracture les meilleures conditions pour les processus de réparation. Il peut être
nécessaire d’enlever une tumeur ou un calcul ou quelque autre entité pathologique, mais une fois cela fait, le chirurgien doit se fier à son invisible allié chez le patient, pour mettre en œuvre
les processus de guérison. » (27)...
Extrait du mémoire